Par le Dr Louis Perrier, 1939.
En sortant de St-Hippolyte, la route se dirige vers le Nord. Très accidentée, très intéressante, car elle traverse la large bande de calcaires jurassiques supérieurs, moyens et inférieurs, qui entoure les Cévennes comme d’une ceinture ; puis elle coupe les marnes bariolées du trias avant d’atteindre le granit.
Au col de Rédarès (400 m.), se détache, à droite, une route allant à Monoblet. Ce village est dominé par une colline à deux bosses, bien connue sous le nom de « Chameau de Monoblet ».
A gauche, une route se dirige vers Colognac par de nombreux lacets. De là, le panorama est magnifique. A l’Ouest, la chaîne du Liron ; à l’Est, le Brion ; au Sud, le pic St-Loup, qui domine au loin les plaines du Midi et, tout proche, la belle vallée de Valestalière, qui forme comme une espèce de cirque peuplé de châtaigniers séculaires.
Après avoir suivi quelques lacets de la route, on laisse, à droite, le chemin de St-Bonnet à Anduze, par Vabres, le col de Bane (444) et St-Félix.
A Vabres (de Vovire, dépression marécageuse) existe une vieille église romane transformée en ferme, au bord d’une sorte de petit marais qu’on dit avoir été un ancien lac (?). St-Félix de Pallières est connu par ses mines de sulfure de fer et des restes d’anciennes verreries.
Près de St-Bonnet, se dresse, sur un promontoire de rochers, un vieux château, ancienne forteresse féodale, appelé « le Castellas », non loin d’une carrière de gypse (pierre à plâtre), exploitée déjà par les Romains.
Laissant la route qui tourne à gauche vers Lasalle pour prendre, à droite, la route de Thoiras ou « route des châteaux », on voit bientôt le château de Cornely, qui possède une belle tour d’angle. Il est dominé par un splendide pin parasol. Les deux demoiselles de Cornely épousèrent deux chefs camisards célèbres : Roland et Maillet.
Le château de Calviac, qui émerge d’un îlot de verdure, a une histoire tragique. Assiégé et mutilé pendant les guerres du duc de Rohan, il fut incendié par les Camisards. Il est restauré aujourd’hui.
Plus loin, le château de Malérargues, qui fut dévasté par une bande de révolutionnaires exaltés. Le château de Thoiras avait été construit à côté d’une « tour Signal », beaucoup plus ancienne (celtique (?) ou romaine (?)). Elle permettait de communiquer avec la Tourasse de Générargues, située au confluent des deux gardons de St-Jean et de Mialet.
LASALLE. — Cette agréable cité a été appelée, à cause de son hinterland, « la petite Normandie des Cévennes ». Elle a aussi ses prés verts, ses pommiers, ses poiriers, ses frais ruisseaux. Elle sert de trait-d’union, de transition, entre la montagne et la plaine, la région méditerranéenne et la région atlantique.
« Le col du Rédarès, dit un proverbe, lui apporte le ciel bleu du Midi, et le col du Mercou les brumes du Nord ». Malgré son altitude moyenne relativement peu élevée (260 m.), les étés y sont frais et agréables.
L’histoire de Lasalle se confond avec celle de son église et de ses châteaux. Avant le Moyen-Age, la population, très peu nombreuse, habitait les sommets avoisinants.
Au début du XIIe siècle, les Bénédictins s’installèrent dans la vallée et y constituèrent des établissements agricoles, limitant un espace quadrangulaire qui portait le nom de « Cella ». On prit l’habitude de l’appeler La Cella, d’où « Lasalle ».
Elle fut, du reste, un centre de propagande religieuse et intellectuelle. Ses moines fondèrent à Soudorgues un prieuré qui s’éleva entre la tour de Peyre et le donjon de Beauvoir ; et un autre à St-Martin de Fontfouillouse. De nombreux paysans, attirés par l’activité des Bénédictins, s’installèrent près d’eux dans la vallée.
L’histoire de Lasalle, au Moyen-Age, est obscure et embrouillée. Nous en avons indiqué déjà les grandes lignes.
A l’époque de la Réforme, les Lasallois, ayant, à une très grande majorité, accepté les idées calvinistes, la guerre civile y fut beaucoup moins active que dans les plaines du Languedoc ; cette région fut toujours une terre de liberté.
Un événement important pour cette région, étant donné les levées d’hommes qui y furent faites et le nombre des chefs cévenols qui y participèrent, fut la guerre du Roussillon (1635-1642), qui se termina par la prise de Perpignan.
Pendant la Fronde (1649), les Cévenols prirent unanimement le parti du Roi, d’où leur vient peut-être le nom populaire de « raïols » (royalistes).
Les persécutions furent sanglantes sous le règne de Louis XIV, et la réaction contre les brutales « Dragonnades » aboutit à la guerre des Camisards (1702-1704). La région du Liron se montra en majorité favorable au mouvement révolutionnaire de 1789 et au parti des Girondins.
La route nationale passe par la longue rue centrale qui a plus d’un kilomètre de longueur, parallèlement à la rivière. L’intendant BÂVILLE avait exigé que les portes et les fenêtres des maisons du village qui s’ouvraient dans la campagne, hors des rues et des jardins, fussent murées.
La route laisse, à droite, le « Château d’Algue » construit au milieu de très beaux arbres, près desquels coule une belle source qui a sans doute donné son nom au château.
On passe aux « Horts », non loin de Soudorgues. Ce village avait une double fortification, aujourd’hui en ruines, dont la Tour de Peyre est restée la seule debout des huit tours qui appuyaient les remparts. Plus haut, le donjon de Beauvoir (Castrum de Bellovisu).
Une partie de ces défenses remonterait au Xe siècle. Soudorgues est du reste un petit village admirablement placé pour y faire une station estivale.
Dans les maisons et les hameaux des environs, existent quelquefois des réduits artificiels, très curieux, utilisés comme ultimes abris des chefs camisards traqués. Ils sont connus dans le pays sous le nom de « cachettes huguenotes ».
La route monte en traversant des ravins et, après de nombreux zigzags, atteint le col du Mercou (567 m.).
Ce nom, d’étymologie latine, rappelle qu’à cet endroit existait un lieu sacré dédié à Mercure (le dieu des marchands), peut-être même au Melkart phénicien (?).
Ces intrépides commerçants sémites, ayant laissé jusque dans ces montagnes des traces de leurs verroteries, que l’on retrouve dans les vieux tombeaux protohistoriques.
Jeroen van der Goot avril 2026
NB : ce texte correspond à l’extrait d’un article paru dans Causses et Cévennes, le bulletin du Club cévenols n°4, 1939
