Regards d'un architecte sur les traces d'antan

Vue du bourg et du château depuis l’ouest

Montardier, histoire du château

Montardier, des pierres et des parchemins -opus I : l’histoire du château

Depuis Montdardier, le regard porte loin. Vers les Cévennes, jusqu’à Saint-Hippolyte-du-Fort ; vers le causse, où les chemins conduisent à Blandas, à Vissec et au-delà, vers le Rouergue.

Ici, tenir la hauteur, c’est surveiller les passages entre la plaine et les hautes terres. Bien avant que les toitures de Viollet-le-Duc ne dessinent la silhouette familière du château, cette position avait de quoi attirer ceux qui voulaient contrôler le pays.

Mais cette hauteur est aussi un lieu de frontières. Entre Causses et Cévennes, entre les possessions anglaises et le royaume de France durant la guerre de Cent Ans, entre catholiques et protestants pendant les guerres de Religion, Montdardier se trouve au contact de mondes qui se rencontrent, commercent et, parfois, s’affrontent. Le château en portera les blessures.

  • AUX PREMIERS TEMPS DE MONTDARDIER

À quelques centaines de mètres à l’est du château, un autre relief conserve un nom évocateur : Castel Viel, le château vieux. Une motte médiévale y est signalée. C’est peut-être là qu’il faut imaginer une première place forte, sur sa hauteur, avant que le château ne s’établisse à son emplacement actuel.

Les textes nous font entrer dans ce passé par une porte plus discrète. Entre 1077 et 1099, Udalbert rejoint l’abbaye de Gellone et lui donne des biens situés « in circuitu Montis Disderii » : aux alentours de Montdardier. Le nom est là, au détour d’un acte, au milieu des terres et des hommes qui les possèdent.

En 1103, Guillaume Airadi de Montdardier figure parmi les témoins d’une vente. Au XIIIe siècle, d’autres personnages portant le nom du lieu apparaissent dans les actes de Gellone. Vers 1224, les reconnaissances de biens de Notre-Dame de Bonheur évoquent la « parrochia de Monte Desiderio », la paroisse de Montdardier, ses habitants et leurs voisins.

Derrière ces quelques lignes latines se dessine un pays habité, cultivé, parcouru de chemins, dont le château domine peu à peu l’histoire.

  • UNE FORTERESSE AUX FRONTIÈRES

Au Moyen Âge, plusieurs familles se partagent les droits sur Montdardier. Les Ginestous s’y enracinent et finiront par attacher durablement leur nom au château.

La forteresse commande un passage précieux entre Le Vigan et le causse. Pour les habitants des environs, elle offre aussi un refuge lorsque la guerre approche. Cette protection a sa contrepartie : les communautés participent à son entretien.

Pendant la guerre de Cent Ans, Montdardier devient une forteresse royale. En 1365, des travaux renforcent sa défense face à la menace anglaise venue de Guyenne. Mais les murailles ne suffisent pas toujours. En 1469, le château est incendié par les troupes du comte d’Armagnac.

Les guerres de Religion lui infligent de nouvelles épreuves. Pillé en 1563, réparé à la fin du siècle, il subit encore une démolition partielle en 1609, sur ordre du duc de Ventadour. On relève les murs, on rétablit les défenses. À chaque génération, le château semble devoir reconquérir sa place sur la hauteur.

  • LE DUC DE ROHAN

En 1628, le conflit prend une tournure cruelle pour Charles de Ginestous. Protestant, il reste pourtant fidèle au roi. Cette fidélité le place dans le camp adverse de celui du duc de Rohan, chef de la rébellion protestante.

La famille est chassée du château. En juin, la forteresse est démantelée.

L’année suivante, une enquête recueille les souvenirs de ceux qui l’ont connue avant sa destruction. Ils décrivent les tours, les salles voûtées, les cours, les ouvrages de défense et le pont-levis. Leurs paroles font revivre, un instant, le château disparu. Des maçons évaluent ce qu’il faudrait pour le rebâtir : vingt-quatre mille livres.

Tout n’a cependant pas disparu. Des maçonneries anciennes traverseront les siècles et entreront dans la composition du château que nous connaissons.

  • PILLAGE ET INCENDIE

Au début du XVIIIe siècle, le château est de nouveau réparé. Puis vient la Révolution.

En 1792, pillage et incendie ravagent la demeure. Après les affrontements entre princes, les guerres du royaume et les divisions religieuses, une nouvelle rupture laisse son empreinte sur les pierres de Montdardier.

Le château aborde le XIXe siècle mutilé. Il demeure sur sa hauteur, mais une partie de ses bâtiments est ruinée. C’est cet héritage que Fernand de Ginestous décide de reprendre.

  • VIOLLET-LE-DUC

En 1860, Fernand de Ginestous fait appel à Eugène Viollet-le-Duc. L’architecte doit rendre vie à une demeure dont les destructions successives ont profondément bouleversé l’aspect.

Avant le démantèlement de 1628, le vieux château comptait cinq grandes tours, chacune abritant trois pièces voûtées, autour d’un corps de logis comprenant salles, antichambres et dépendances.

Le cadastre de 1834 en conserve une image plus tardive et plus dépouillée : deux tours de dimensions voisines se distinguent au sud ; au nord, les différences de tracé laissent deviner les parties ruinées.

Viollet-le-Duc compose avec ces vestiges et avec sa propre vision du château médiéval. Une tour du XVe siècle et les soubassements établis sur le rocher subsistent. Autour d’eux prennent forme les volumes, les hautes toitures, la galerie sur cour et la tour d’escalier ornée de gargouilles.

Sur une élévation aquarellée de la façade nord, le projet se déploie avec toute la précision et l’imagination de son dessinateur. Certains détails changeront au cours de la réalisation, notamment l’entrée, finalement moins ornée. Mais la silhouette est déjà là.

Après tant de ruines et de reprises, Montdardier retrouve un château. Celui-ci raconte désormais deux histoires mêlées : celle de la forteresse ancienne et celle du Moyen Âge rêvé par un architecte du XIXe siècle.

  • SUR LES TRACES D’EXUNATIS

Entre 1031 et 1060, un acte conservé dans le cartulaire de Gellone situe un mas par ces mots :

« in comitatu Nemausense, in vicaria Arisensi, sub castro Exunatis, in villa que vocant Aveza ».

Dans le comté de Nîmes, dans la viguerie d’Arre, sous le castrum d’Exunatis, dans la villa appelée Aveza : Avèze.

Exunatis… Où se trouvait donc ce lieu fortifié sous lequel les moines plaçaient Avèze ? Il aurait été le chef-lieu de la viguerie d’Arisitum, et peut-être même le siège de l’ancien diocèse du même nom. Mais les lieux et les pouvoirs de ce lointain passé ne se laissent pas si facilement démêler.

Un autre acte, daté du 9 avril 1009 et conservé dans le cartulaire de Nîmes, porte la formule « subtus castro Exunatis » et évoque un lieu nommé Frodnaco, que l’éditeur rapproche du territoire de Montdardier. Voilà qui donne envie de prendre de la hauteur et de regarder le pays autrement.

Cela ne fait pas du château de Montdardier le castrum d’Exunatis. Mais la piste mérite que nous y revenions.

Tout cela, vous le saviez peut-être déjà. Ce que l’on sait moins, c’est que le château de Montdardier conserve aussi un chartrier, où figurent de nombreux actes originaux du Moyen Âge.

Après les pierres, nous ouvrirons donc les parchemins.

Jeroen van der Goot octobre 2026

Sources principales :

  • Notice Mérimée château.
  • M. Falguière, « Le rasement du château fort de Montdardier en juin 1628 », 1895.
  • Cartulaire de Gellone.
  • Cartulaire de Notre-Dame-de-Bonheur.
  • Cartulaire de Nîmes.
  • AD30, cadastre de 1834, section C1.
  • AD30, dessin aquarellé, cote 5 Fi 47.
  • Charte paysagère et architecturale du Grand Site de Navacelles, 201

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